Adios Amigo
Le destin est parfois cruel.
Depuis mon engagement le premier janvier dernier, je m'étais lié avec un autre chauffeur issu de la même pelletée d'embauchés. Le gars était très sympa, m'avait confié ses difficultés suites à un grâve accident de la route qui l'immobilisa dans un long coma, le défigura et lui ôta l'usage durant quelques semaines de ses membres inférieurs. Deux ans durant il n'a pas osé sortir de chez lui, le visage pas beau à voir pour principale raison. La galère donc.
Depuis quelques temps, je lui vantait les avantages de mon existence de profiteur du système social belge et de ma colaboration bénévole aux activités extra-scolaires de l'école de clerheid Je lui avais proposé de venir prendre une petitte jatte de café lors d'une de ses livraisons quasi hebdomadaire à moins d'un kilomètre de l'endroit de camp.
Ce qu'il fit ce vendredi. Il était en début de tournée et ne s'est vraiment pas attardé. Je lui ai fait faire un rapide tour du propriétaire, tasse de café à la main.
L'après-midi sur le coup de 15h30, je recois un message portable de sa part. Je m'attendais à un petit remerciement du genre "merci pour ton accueil et ton café, l'endroit est formidable, à mardi".
Que neni, il m'annoncait qu'il venait de faire une sortie de route avec sa camionette à cause de la neige et qu'il y avait beaucoup de chance qu'il se ferait virer dès son retour au dépôt.
Dix neuf heures, nouveau smess : "voilà, c'est fait, j'ai recu mon C4" (ndlr : le formulaire officiel en Belgique qui met fin à un contrat de travail".
Plus tard en soirée, alors que les enfants étaient au lit, je lui sonnais pour prendre de ses nouvelles. Comme je m'y attendais, il n'était pas bien, il entamait déjà sa quatrième bière. Il m'expliquait alors que dès son retour au dépôt, le fameux C4 était prêt pour lui en deux exemplaires. Dans notre contrat de travail, il est précisément stipulé qu'un accident en tort est synonyme de renvoi définitif. Consternant, révoltant, dégoutant, ce sont les mots qui me viennent pour décrire mon état d'esprit à ce moment là, le sien aussi forcément.
Qu'il y aie de la neige, je suis d'accord, il faut lever le pied; que les véhicules qui vont quotidiennement faire les livraisons dans le sud du pays enneigé ne soient pas équipés de pneus neige, là, je dis pas d'accord du tout.
De plus la politique de la société de transport express est la suivante : une journée normale de travail est de 9h 1/2, 4 jours par semaine donc 38 heures/semaine. Les heures ne sont pas comptabilisées, pas de pointeuses horaires.
Grosso-modo, celui qui rentre en avance, qui a peut-etre roulé comme un fou pour y arriver est récompensé, il peut rentrer plus tôt chez lui. Au contraire, celui qui a rencontré des problèmes sur la route, est pénalisé et finallement poussé à prendre des risques. Pourquoi se faire chier deux heures de plus alors que l'on pourrait être chez soi plus tôt et que ce ne sera quand même pas payé.
De l'avis de nombreux chauffeurs, les semaines ressemblent bien plus à des semaines de 50 heures qu'à des semaines de 38. Pour ma part, je note mes heures précisément chaque jour; avec un tableur, c'est très facile de tenir une telle comptabilité. J'en suis à une moyenne de onze heure et demi de travail par jour soit deux heures de plus que prévu.
A ce tarif, avec trente chauffeurs, ce sont grosso modo quelques 1000 (MILLE) heures de travail qui sont volés mensuellement. A la plus grande joie du patron qui va encore pouvoir continuer à venir travailler en Porsche dernier cri.
Amigos, je ne t'oublierais pas, c'est sans doute le café que je t'ai offert qui aura causé ta perte. Le cours des choses aurait été différent si......
Pour ma part mon contrat se termine fin mars, et je ne me vois pas continuer à travailler pour un patron qui consomme du personnel à des fins purement personnelles. Une entreprise qui marche, ce n'est pas seulement une entreprise qui a des performances élevées d'un point de vue financier. La bonne humeur, l'entraide et l'esprit d'équipe sont des valeurs qui devraient passer au premier plan et qui sont malheureusement la plupart du temps placées au dernier plan.
Depuis mon engagement le premier janvier dernier, je m'étais lié avec un autre chauffeur issu de la même pelletée d'embauchés. Le gars était très sympa, m'avait confié ses difficultés suites à un grâve accident de la route qui l'immobilisa dans un long coma, le défigura et lui ôta l'usage durant quelques semaines de ses membres inférieurs. Deux ans durant il n'a pas osé sortir de chez lui, le visage pas beau à voir pour principale raison. La galère donc.
Depuis quelques temps, je lui vantait les avantages de mon existence de profiteur du système social belge et de ma colaboration bénévole aux activités extra-scolaires de l'école de clerheid Je lui avais proposé de venir prendre une petitte jatte de café lors d'une de ses livraisons quasi hebdomadaire à moins d'un kilomètre de l'endroit de camp.
Ce qu'il fit ce vendredi. Il était en début de tournée et ne s'est vraiment pas attardé. Je lui ai fait faire un rapide tour du propriétaire, tasse de café à la main.
L'après-midi sur le coup de 15h30, je recois un message portable de sa part. Je m'attendais à un petit remerciement du genre "merci pour ton accueil et ton café, l'endroit est formidable, à mardi".
Que neni, il m'annoncait qu'il venait de faire une sortie de route avec sa camionette à cause de la neige et qu'il y avait beaucoup de chance qu'il se ferait virer dès son retour au dépôt.
Dix neuf heures, nouveau smess : "voilà, c'est fait, j'ai recu mon C4" (ndlr : le formulaire officiel en Belgique qui met fin à un contrat de travail".
Plus tard en soirée, alors que les enfants étaient au lit, je lui sonnais pour prendre de ses nouvelles. Comme je m'y attendais, il n'était pas bien, il entamait déjà sa quatrième bière. Il m'expliquait alors que dès son retour au dépôt, le fameux C4 était prêt pour lui en deux exemplaires. Dans notre contrat de travail, il est précisément stipulé qu'un accident en tort est synonyme de renvoi définitif. Consternant, révoltant, dégoutant, ce sont les mots qui me viennent pour décrire mon état d'esprit à ce moment là, le sien aussi forcément.
Qu'il y aie de la neige, je suis d'accord, il faut lever le pied; que les véhicules qui vont quotidiennement faire les livraisons dans le sud du pays enneigé ne soient pas équipés de pneus neige, là, je dis pas d'accord du tout.
De plus la politique de la société de transport express est la suivante : une journée normale de travail est de 9h 1/2, 4 jours par semaine donc 38 heures/semaine. Les heures ne sont pas comptabilisées, pas de pointeuses horaires.
Grosso-modo, celui qui rentre en avance, qui a peut-etre roulé comme un fou pour y arriver est récompensé, il peut rentrer plus tôt chez lui. Au contraire, celui qui a rencontré des problèmes sur la route, est pénalisé et finallement poussé à prendre des risques. Pourquoi se faire chier deux heures de plus alors que l'on pourrait être chez soi plus tôt et que ce ne sera quand même pas payé.
De l'avis de nombreux chauffeurs, les semaines ressemblent bien plus à des semaines de 50 heures qu'à des semaines de 38. Pour ma part, je note mes heures précisément chaque jour; avec un tableur, c'est très facile de tenir une telle comptabilité. J'en suis à une moyenne de onze heure et demi de travail par jour soit deux heures de plus que prévu.
A ce tarif, avec trente chauffeurs, ce sont grosso modo quelques 1000 (MILLE) heures de travail qui sont volés mensuellement. A la plus grande joie du patron qui va encore pouvoir continuer à venir travailler en Porsche dernier cri.
Amigos, je ne t'oublierais pas, c'est sans doute le café que je t'ai offert qui aura causé ta perte. Le cours des choses aurait été différent si......
Pour ma part mon contrat se termine fin mars, et je ne me vois pas continuer à travailler pour un patron qui consomme du personnel à des fins purement personnelles. Une entreprise qui marche, ce n'est pas seulement une entreprise qui a des performances élevées d'un point de vue financier. La bonne humeur, l'entraide et l'esprit d'équipe sont des valeurs qui devraient passer au premier plan et qui sont malheureusement la plupart du temps placées au dernier plan.
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